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2 septembre 2009

Birmanie : l’armée s’en prend à une minorité ethnique : des morts, des réfugiés

Fin août, en Bir­manie, un important conflit eth­nique a poussé environ 37.000 per­sonnes à trouver refuge sur le ter­ri­toire chinois. Celles-​​ci, fuyaient les combats entre l’armée birmane et des groupes rebelles ethniques.

Les heurts ont éclaté dans l’Etat Shan (centre-​​est de la Bir­manie) entre le groupe rebelle des Kokang et l’armée gou­ver­ne­mentale, mettant fin à un cessez-​​le-​​feu vieux de 20 ans, selon l’organisation amé­ri­caine Cam­paign for Burma (USCB).

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Les rebelles forment la Kokang National Democratic Alliance Army.

Ce groupe des Kokangs, connus comme l’Armée de l’alliance démo­cra­tique nationale birmane se battait pour une auto­nomie. Il avait conclu en 1989 avec la junte birmane un accord de cessez-​​le-​​feu, qui aurait volé en éclat début août après un raid de l’armée sur une usine d’armes illégale. L’exode de la popu­lation a débuté quand la junte a com­mencé à déployer début août des troupes dans cette région où les ethnies chi­noises sont for­tement présentes.

 [1]

Des mil­liers de réfugiés civils ont alors gagné la pro­vince chi­noise du Yunnan (sud). Puis, cer­tains ont com­mencé dimanche (30 août) à regagner la Bir­manie, après l’arrêt des combats, selon Chine Nou­velle, citant un res­pon­sable pro­vincial du Yunnan.

Des rebelles Kokang, l’une des ethnies chi­noises de l’Etat Shan (centre-​​est de la Bir­manie), se sont repliés, estimant ne pas faire le poids face à l’armée birmane… Quelque 700 rebelles se sont rendus après avoir constaté qu’ils n’avaient pas les moyens de se battre contre les troupes de la junte birmane, mais ils ont averti que la situation demeurait tendue et que les affron­te­ments pour­raient reprendre à tout moment.

"L’armée birmane est venue et a com­mencé à tirer sur les rebelles… elle a aussi attaqué les com­merces des Chinois", affirme Yao Fu, un médecin de 46 ans qui a ouvert un hôpital à Kokang il y a une dizaine d’années. "Et quand les Chinois ont fui Kokang, les Birmans ont com­mencé à piller les com­merces et les pro­priétés des Chinois", ajoute-​​t-​​il. "Quand les Birmans voyaient que vous étiez Chinois, ils vous atta­quaient", témoigne le médecin.

Lundi (31 août), la situation revenait à la normale après plu­sieurs jours de troubles, selon les auto­rités chi­noises. Chine et Bir­manie par­laient de retour au calme. Les inci­dents auraient fait -officiellement-​​ une tren­taine de victimes.

Les réfugiés parais­saient craintifs en début de semaine : "Ils (l’armée birmane) tiraient sur les civils, je l’ai vu de mes propres yeux. Je n’ai pas confiance dans ce qu’ils disent. Nous avons peur de rentrer", déclare Li Jun, un paysan de 24 ans, qui vit avec ses parents à Kokang. "Ils disent qu’ils ne vont plus tirer, mais je suis sûr qu’ils le feront encore", ajoute-​​t-​​il, à l’extérieur d’un camp de réfugiés ins­tallé à Nansan, dans les mon­tagnes escarpées et luxu­riantes du sud de la Chine.

Lundi tou­jours, les Etats-​​Unis ont exhorté la Bir­manie à cesser de s’attaquer aux mino­rités eth­niques, exprimant dans le même temps leur "pro­fonde pré­oc­cu­pation" quant au conflit en cours qui a poussé au moins 30.000 per­sonnes à se réfugier en Chine.

Lundi encore, un éditorial publié par le quo­tidien chinois Globa Times, tout en prenant soin de ne pas nommer la Bir­manie, s’inquiétait des "gou­ver­ne­ments impo­pu­laires" dans les pays fron­ta­liers de la Chine. "Les pays voisins instables de la Chine posent un grand risque aux fron­tières. Dans cer­taines situa­tions extrêmes, l’impact peut être désas­treux", a jugé le journal.

La Chine est l’un des rares sou­tiens à la junte birmane, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies, où Pékin dispose d’un droit de veto. Leur fron­tière commune s’étend sur 2.200 km.

(D’après AFP)

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Des réfugiés Kokang arrivent dans la ville chi­noise de Nansan, dans la pro­vince du Yunnan. - Photo : Reuters

Des réfugiés Kokang arrivent dans la ville chi­noise de Nansan, dans la pro­vince du Yunnan. - Photo : Reuters

Notes

[1] Le Kokang est l’une des nom­breuses mino­rités eth­niques du nord de la Bir­manie ins­tallée près de la fron­tière chi­noise. Depuis les années 50, elle lutte pour défendre son auto­nomie vis-​​​​à-​​​​vis de la majorité birmane. La minorité Kokang est acti­vement impliquée dans la culture de l’opium et la pro­duction de l’héroïne, ce qui lui permet de financer ses opérations militaires.

Dans les années 90, le Kokang, comme de nom­breuses autres gué­rillas eth­niques de Bir­manie, a conclu un accord de cessez-​​​​le-​​​​feu avec la junte birmane, en échange du respect de son auto­nomie poli­tique. Mais à l’approche des élec­tions de l’an pro­chain, les généraux birmans veulent neu­tra­liser mili­tai­rement le Kokang et les autres gué­rillas eth­niques pour en faire des unités fron­ta­lières sous l’égide du com­man­dement central birman.

Un projet auquel résiste le Kokang qui craint de perdre son auto­nomie. D’où la volonté de l’armée birmane de mettre au pas cette minorité eth­nique récal­ci­trante. La tâche n’est pas gagnée d’avance pour la junte birmane, car les autres gué­rillas eth­niques craignent aussi les des­seins du gou­ver­nement central et com­mencent à prêter main-​​​​forte au Kokang.